Au fil des décennies, rares sont les automobiles qui, tout en incarnant un héritage prestigieux, ont su exprimer un souffle de modernité aussi puissant que la Panhard 24. L’élégante comète française a survolé les années 1960 avec une lumière vive mais fugace, posant les jalons de la fin d’une époque pour la doyenne des marques automobiles hexagonales. Animée par un bicylindre vaillant et par un design audacieux, cette voiture porte les marques d’une industrie en mutation, confrontée aux réalités économiques et stratégiques d’un secteur en pleine recomposition.
Quelle est la genèse technique et stylistique de la Panhard 24 ?
La conception de la Panhard 24 s’appuie sur un savoir-faire mécanique éprouvé et une esthétique renouvelée, sous la conduite experte de Louis Bionier. Réputé pour avoir dessiné les lignes emblématiques des Dyna X, Z, et PL 17, Bionier oriente ici ses traits vers une allure plus tendue et aérodynamique, qui tranche avec les rondeurs des modèles précédents. Ce choix esthétique, en partie inspiré par certains modèles américains, donne naissance à une silhouette à la fois sportive et familiale. De quatre phares sous glace protégeant une proue affinée aux surfaces planes contrastant avec les volumes bombés, le coupé se distingue dans le paysage automobile français.
Du point de vue technique, les choix sont dictés par un souci de légèreté et de sécurité. La caisse monocoque en aluminium assure une rigidité remarquable, notamment grâce à un pli central et à l’intégration de tubes verticaux dans les montants de toit, renforçant la protection en cas de retournement. Le châssis adopte une suspension indépendante aux quatre roues, combinée à la traction avant, une formule qui allège la direction et favorise la tenue de route sur routes sinueuses.
- La motorisation repose essentiellement sur un moteur bicylindre refroidi par air.
- Deux motorisations principales équipent la gamme : un 848 cm³ de 42 ch pour le modèle 24C, un 851 cm³ « Tigre » de 50 ch pour la 24CT.
- Des options de sécurité novatrices comme des ceintures de sécurité disponibles dès le départ.
- Un confort intérieur pensé pour un usage familial avec sièges réglables et tableau de bord fonctionnel.
Cette base technique issue des modèles antérieurs s’inscrit dans une volonté de stabilisation économique et technique pour une marque qui lutte pour maintenir son identité dans le contexte du rachat progressif par Citroën.
Retour sur la révolution technique de la Dyna X éclaire la continuité dans l’audace mécanique entre les deux générations de voitures.

Pourquoi la Panhard 24 n’a-t-elle pas su s’imposer durablement sur le marché ?
Malgré une présentation réussie et un design apprécié, la Panhard 24 se heurta rapidement à des difficultés commerciales qui conduisirent à sa production limitée. La stratégie du Groupe Citroën, devenu actionnaire majoritaire puis propriétaire intégral de Panhard, limitait strictement l’essor du modèle. Le principal obstacle résidait dans la rivalité interne avec les modèles phares Citroën, notamment la DS et l’Ami 6, qui occupaient des positions stratégiques sur différents segments.
En dépit d’un public séduit par la ligne, les volumes de ventes restèrent modestes. La gamme 24 évolua rapidement afin de s’adapter aux attentes des clients :
- Introduction des versions B et BT en 1964 avec empattement augmenté et habitabilité améliorée.
- Apparition du modèle BA en 1965, destiné à une clientèle plus soucieuse du prix.
- Ajouts de freins à disque et motorisations revues pour la gamme CT et BT.
Le tableau ci-dessous présente la production approximative et les caractéristiques principales des différents modèles de la Panhard 24 :
| Modèle | Années de production | Nombre d’exemplaires | Moteur | Puissance | Vitesse maximale |
|---|---|---|---|---|---|
| 24C | 1963 | 1623 | 848 cm³ bicylindre | 42 ch | 140 km/h |
| 24CT | 1963-1967 | 14 181 | 851 cm³ « Tigre » bicylindre | 50-55 ch | 150-160 km/h |
| 24B | 1964-1967 | 2037 | 848 cm³ bicylindre | 42 ch | 135 km/h |
| 24BT | 1964-1967 | 10 649 | 851 cm³ « Tigre » | 50 ch | 140 km/h |
| 24BA | 1965-1966 | 161 | 848 cm³ bicylindre | 42 ch | 130 km/h |
La faible diffusion, souvent attribuée à des tarifs élevés par rapport à la concurrence, a également pâti d’un positionnement flou entre familial et sportif. La marque n’a pas réussi à équilibrer l’équation commerciale dans un marché français en profonde mutation.
Comment la Panhard 24 incarne-t-elle la fin d’une ère pour le constructeur français ?
La sortie de la Panhard 24 s’inscrit dans un contexte industriel particulier. En effet, Panhard, la plus ancienne marque automobile française, rédige avec ce modèle son dernier chapitre. Cédé progressivement à Citroën dans les années 1950, le constructeur se trouve limité dans ses initiatives stratégiques et techniques. La Panhard 24 représente ainsi une tentative ultime de pérenniser la production propre avant l’intégration complète dans le giron de Citroën.
Alors que les ambitions initiales prévoyaient une famille complète avec berline, break et même cabriolet, les pressions économiques et stratégiques dictées par Citroën ont fait capoter ces projets. La Panhard 24 incarne donc une voiture isolée, fragile, qui symbolise à elle seule la défaite programmée d’une marque historique.
- La monocoque rigide assurait à la fois légèreté et sécurité, une innovation peu courante à l’époque.
- Le souci de la sécurité débouchait sur la présence d’éléments structurels renforcés dans la carrosserie.
- Le moteur bicylindre, moteur phare de la marque depuis les années d’après-guerre, devient un frein à l’évolution.
- Le projet de motorisation NSU, prévu pour redynamiser la 24, n’aboutira jamais.
Tout concourt à faire de la Panhard 24 une voiture qui porte le poids d’un passé glorieux tout en n’ayant pas la capacité d’innover suffisamment pour survivre durablement. En juillet 1967, sa production s’arrête après seulement 28 651 unités, marquant la fin symbolique de la doyenne des marques françaises.

Quels sont les défis spécifiques liés à la restauration et à la conservation de la Panhard 24 aujourd’hui ?
Les amateurs de voitures anciennes de collection savent que restaurer une Panhard 24 demande une expertise technique pointue, surtout compte tenu de sa rareté et de ses particularités mécaniques. La carrosserie en aluminium nécessite des compétences spécifiques en matière de traitement contre la corrosion et de réparation de métaux non ferreux. Par ailleurs, le moteur bicylindre et les trains roulants absents de nombreuses pièces faciles à trouver aujourd’hui imposent un réseau solide de fournisseurs spécialisés et de passionnés.
L’entretien régulier demeure une condition sine qua non pour garantir la fiabilité et la longévité. Chaque intervention mécanique ou carrosserie doit respecter scrupuleusement les préceptes établis par Panhard pour ne pas altérer le caractère ni la performance de la voiture. Ainsi, même si son prix d’acquisition est encore accessible sous les 10 000 euros pour un modèle en état moyen, restaurer une 24 demande un budget conséquent et une patience à toute épreuve.
- Le suivi mécanique exige un zelo particulier sur le bicylindre et ses organes de commande.
- La carrosserie en aluminium nécessite une protection anticorrosion adaptée et une réparation experte.
- Les trains roulants et suspensions demandent une attention constante sous peine d’usure prématurée.
- Les pièces d’origine demeurent coûteuses et très recherchées, impactant le marché de l’occasion.
Garder cette comète française sur les routes est ainsi un engagement passionné, presque un devoir envers l’histoire de l’automobile. Pour mieux comprendre les nuances techniques de cette voiture, il convient de consulter des sources spécialisées où l’histoire de Panhard se confond avec celle des pionniers de l’innovation automobile.
En quoi la Panhard 24 reste-t-elle une icône recherchée par les collectionneurs de voitures anciennes ?
Pour les collectionneurs, la Panhard 24 incarne une rareté aussi esthétique que technique. Sa production limitée, les contraintes imposées par la consolidation avec Citroën et sa place de dernier modèle de Panhard en font un objet convoité, témoin d’une époque où l’innovation mécanique française souffrait de la montée en puissance des grands constructeurs.
Vaillant mélange de tradition et de modernité, la Panhard 24 séduit par :
- Son design qui allie élégance et simplicité audacieuse, très différent de ses contemporains.
- La qualité de fabrication, notamment une carrosserie rigide en aluminium.
- Les innovations de sécurité encore précurseures pour les années 60.
- Sa participation et ses succès dans les compétitions de consommation, témoignant de son efficience mécanique.
Le marché des voitures de collection de 2025 donne à la Panhard 24 une nouvelle visibilité avec des exemplaires d’origine approchant voire dépassant les 15 000 euros, notamment pour les modèles bien restaurés et entièrement fonctionnels. Cette tendance traduit nettement une valorisation croissante du patrimoine automobile français, où la singularité technique de Panhard occupe une place de choix.
| Modèle | Prix moyen en 2025 | Disponibilité | Rareté |
|---|---|---|---|
| 24CT | 15 000 € | Modérément disponible | Relativement rare |
| 24BT | 13 000 € | Assez disponible | Rare |
| 24B | 9 000 € | Peu disponible | Très rare |
| 24BA | Plus de 20 000 € | Très peu disponible | Extremement rare |
Dans la passion et l’utilité, la Panhard 24 conserve sa place d’icône technique et esthétique. Elle demeure une invitation à embrasser un pan oublié de l’histoire automobile européenne.

Quelle motorisation équipe la majorité des Panhard 24 ?
La majorité des Panhard 24 sont équipées du moteur bicylindre de 851 cm³ ‘Tigre’, développant entre 50 et 55 chevaux selon les versions.
Combien de Panhard 24 ont été produites durant toute la période de fabrication ?
Environ 28 651 unités de la Panhard 24 ont été produites entre 1963 et 1967.
Quelles sont les particularités de conception de la carrosserie de la Panhard 24 ?
La carrosserie en aluminium est monocoque, équipée d’un pli central et de tubes dans les montants pour une rigidité et une protection accrue.
Pourquoi la production de la Panhard 24 a-t-elle cessé ?
La production a cessé principalement en raison de l’intégration complète de Panhard dans Citroën, qui limitait la diversification de la gamme et privilégiait ses propres modèles.
Comment entretenir efficacement une Panhard 24 aujourd’hui ?
L’entretien exige une connaissance précise du moteur bicylindre et des techniques de restauration adaptées à la carrosserie en aluminium, sans négliger les suspensions et freins.
Passionné de voitures anciennes de collection, je suis un véritable amoureux de mécanique et d’histoire automobile. À 48 ans, j’ai dédié ma vie à préserver et restaurer des modèles emblématiques qui ont marqué leur époque. Mon site est un espace dédié à cette passion, où je partage mes projets, mes découvertes et mes coups de cœur.





